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Berlin, 1885 : ruée sur l’Afrique

A propos de Berlin, 1885 : la ruée sur l’Afrique de Joël Calmettes, DVD ARTE Editions.

1884. En cette fin du XIXe siècle, l’Afrique, longtemps méprisée et encore largement méconnue des Européens, devient subitement l’objet de toutes leurs convoitises.

Le 15 novembre, au palais Radziwill de Berlin, à l’initiative du chancelier Bismarck, s’ouvre une conférence qui allait durer quatre mois. Au prix de longues tractations entre ambassadeurs des grandes puissances occidentales – mais aussi de l’empire ottoman, chacun tenta de trouver avec les autres un accord sur les zones d’influences que tous entendaient s’octroyer en Afrique.

Une poignée d’hommes qui n’avaient pour la plupart jamais mis les pieds en Afrique, s’entendirent pour partager un continent dont on n’avait évidemment pas songé à convier quelque représentant. Un des rares hommes présents à Berlin à avoir foulé le sol africain est l’explorateur Stanley.

De cet événement fondateur de la colonisation et déterminant pour l’avenir du continent, il n’existe ni photographie –ni, a fortiori, de film. Pour en rendre compte, le réalisateur Joseph Calmettes, qui a pu consulter les minutes jusqu’alors inédites de la Conférence, a choisi de combiner des reconstitutions de la conférence et des interventions d’historiens européens, américains et africains.

Le procédé est efficace et permet de saisir la nature exacte de la conférence. Car par-delà l’image d’Épinal d’un « Yalta africain » au cours duquel les Européens se seraient « partagé » l’Afrique, la réalité s’avère comme souvent plus nuancée et complexe.

En définitive, c’est surtout la région du Congo qui concentra l’attention, et les convoitises, des plénipotentiaires présents à Berlin. Revendiquée par la France, le Royaume-Uni et le Portugal, c’est finalement le roi Léopold II qui, grâce a un habile lobbying auprès des États-Unis, en obtiendra la souveraineté.

Tout autant que sur la conférence elle-même, le film restitue à merveille la vision condescendante, subtil mélange d’un sentiment de supériorité et d’une volonté de faire le bonheur des autres à leur place, qui caractérise la vision de l’Afrique dans l’Europe de la fin du XIXe siècle. Une Europe dont on se rappelle avec nostalgie à la vision de la reconstitution des débats que les élites parlaient encore le français.