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La polémique autour de la future Maison de l’histoire de France continue

L’APHG vient de rendre un public un communiqué dans lequel elle émet ses réserves sur le projet présidentiel :

« L’APHG se prononce contre l’implantation du projet de Maison d’Histoire de France sur le site parisien des Archives nationales et émet les plus grandes réserves sur ce projet.

L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie, réunie en Assemblée générale le 28 novembre 2010, se prononce à l’unanimité contre l’implantation du projet de Maison d’Histoire de France sur le site parisien des Archives Nationales. Cette installation nuit gravement aux fonctions régaliennes des Archives nationales et remet en cause le grand projet de Pierrefitte-sur-Seine et la rénovation du centre Historique du Marais. Les espaces libérés doivent être utilisés pour accueillir la suite des minutes notariales (XIXe–XXe siècles) et pour reconditionner une partie des fonds médiévaux (déploiement des chartes sur parchemin).

Elle exprime les plus grandes réserves sur le contenu de ce projet (conseil scientifique non défini, ambiguïté des objectifs… ). L’APHG refuse toute instrumentalisation par le pouvoir politique et toute présentation nationaliste de notre histoire. Si, selon ce projet, une chronologie est réalisée, celle-ci doit être rigoureuse, scientifique, fondée sur une histoire nationale sans exclusive, une histoire de toutes les France, ouverte sur l’Europe et le monde. Elle ne doit pas prétendre à faire de la recherche qui est le propre de l’université. La Maison d’Histoire de France ne pourrait être qu’une tête de réseau des 9 musées nationaux d’Histoire.

En dehors des autres musées d’Histoire de France, l’APHG rappelle qu’il existe déjà un musée, au sein des Archives nationales placé sous l’autorité scientifique de la Direction. Ce musée, très fréquenté lors des deux expositions temporaires qu’il présente chaque année, manque d’espaces pour accueillir les visiteurs, les scolaires, les amateurs de musique et d’histoire… L’APHG propose que le Ministère de la Culture et de la Communication lui donne les moyens de son développement et de son ouverture à un public plus large dans le cadre du nouveau projet scientifique, culturel et éducatif des Archives nationales.

Fait à Paris, le 29 novembre 2010

Le Secrétariat Général de l’APHG
Eric Till et Hubert Tison »

Dans les colonnes du Point, ce sont Nicolas Offenstadt et Jean-Pierre Rioux qui croisent le fer :

Nicolas Offenstadt :

« Une Maison de l’histoire, ouverte sur de multiples activités, pourrait être une idée séduisante et utile. Or le projet actuel se présente au contraire comme une régression, d’abord parce qu’il se limite à la France, conçue étroitement comme une essence toujours déjà là, dont il faudrait repérer et expliquer les origines. Tous les textes qui préparent le musée font montre, à divers degrés, d’une obsession de l’unité et de la continuité de la France. Tout cela rappelle par trop les tristes débats sur l' »identité nationale », loin des préoccupations qui animent les travaux et les réflexions les plus actuels sur l’histoire des nations. La restitution de cette histoire serait centrée sur une galerie chronologique, comme si l’histoire était avant tout un récit linéaire, forcément appuyé sur les grands hommes et les grandes dates. Le projet poursuit en fait l’écriture du roman national, si valorisé au XIXe siècle. L’histoire est pourtant avant tout un questionnement. Elle demande travail critique et réflexion, et non pas adhésion à un discours. On s’étonne que l’histoire des sociétés, une histoire à larges horizons, celle des contacts entre groupes, celle des femmes et des hommes, soit si peu réfléchie dans un tel projet.  »

Jean-Pierre Rioux :

« L’initiative présidentielle d’ouvrir en 2015, à Paris, une Maison de l’histoire de France est opportune. Elle l’est parce qu’aujourd’hui, en l’état de la planète, nous avons tous besoin, nationaux ou non, de toutes générations et de toutes origines, de savoir ce qui lie encore en nous le passé, le présent et l’avenir. Oui, au moment même où une société comme la nôtre se laisse envahir par le présent et l’instantané, ne reconnaît plus d’autorité au temps, désapprend à hériter et à transmettre et, du coup, vit douloureusement la menace d’un dépaysement temporel à travers tant d’assauts de mémoires, de revendications identitaires et de désarrois collectifs, il est opportun de poser derechef la vieille question d’Ernest Renan en 1882 : qu’est-ce qu’une nation ?

La Maison de l’histoire de France ne répondra utilement à cette question qu’en ouvrant portes et fenêtres, en sachant instruire et passionner ceux, Français de tous horizons et visiteurs étrangers, qui voudront la hanter. Avec l’aide de tous ceux qui veulent mettre le passé à portée d’intelligence, les historiens, les archivistes et les conservateurs ne se déroberont pas, on l’espère. Car il s’agit, une fois encore, de convoquer hier pour demain.  »