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Le fascisme sous tous les angles

La réédition mise à jour du célèbre Dictionnaire des fascismes et du nazisme des professeurs Berstein et Milza, paru initialement aux éditions Complexe et épuisé de longue date, rend de nouveau accessible un outil de travail fondamental qui a accompagné des générations d’étudiants en histoire contemporaine.

Partant d’un constat d’échec (« il n’existe aucune définition universellement admise du phénomène fasciste, aucun consensus, si minime soit-il, sur son domaine d’extension, sur ses origines idéologiques ou sur les modalités qui le caractérisent »), l’ouvrage n’en relève pas moins le défi d’offrir un panorama complet, aussi exhaustif chronologiquement (des années 1870 aux années 1980) que géographiquement (de l’Asie à l’Amérique en passant bien sûr par l’Europe), d’un des courants politiques les plus marquants du XXe siècle.

Les auteurs posent dans leur avant-propos une définition large du fascisme, idéologie conjuguant un triple discours autoritaire (apologie de l’ordre étatique visant à « substituer à la démocratie libérale défaillante un régime autoritaire de type nationaliste »), nationaliste et anticommuniste (« sauver l’entité nationale et (…) s’opposer à la tentative de nivellement social qu’il envisage ») et socialo-populiste (« anticapitalisme vague qui promet aux « petits » qu’ils ne seront pas dévorés par les gros »).

Les deux historiens français reviennent également sur le différend historiographique qui les a longuement opposé à des historiens comme Z. Sternhell et R. J. Soucy a propos de l’existence ou non d’un fascisme français: pour eux, si certains intellectuels français ont pu succomber à « une fascination pour le fascisme » et que des « germes de fascisme » ont bel et bien pu imprégner le discours politique hexagonal dans l’entre-deux guerres, jamais ils ne débouchèrent sur la naissance d’un véritable parti fasciste français.

Les notices du dictionnaire sont consacrées aux principaux hommes, lieux, idées, partis et événements qui ont fait et marqué l’histoire du fascisme dans sa pluralité. Certaines entrées reviennent également sur les débats historiographiques suscités par l’analyse de phénomène (« Querelle des historiens »). Un système de renvois entre les articles, classique mais efficace, facilite l’exploration des 800 pages de l’ouvrage.

En fin de volume, une impressionnante chronologie comparée s’étalant sur plus de cent pages permet de se repérer dans l’évolution des différents courants fascistes. On gagnera à la lire en regard de la section de l’avant-propos qui revient sur les « différentes phases du fascisme ». Une bibliographie détaillée, quoiqu’un peu légère sur les parutions les plus récentes, et un index détaillé complètent l’ouvrage qui réaffirme à la faveur de cette cure de jouvence son statut de référence.