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Les Tuileries ressuscitées par la grâce de la 3D

« L’histoire de ce qui n’existe plus, le recensement méthodique de ce que des hordes d’hommes ont détruit sciemment à travers les siècles, sont plus rares que le décompte de ce qui a survécu à la fureur du temps et des générations. La mémoire enregistre ce qui subsiste de préférence à ce qui a été anéanti. Les êtres humains n’aiment pas qu’on les mette en face du récit de leurs exactions : ils ne tiennent pas à savoir que c’est là, toujours, qu’ils puisent leur raison d’être et leur légitimité. Ils ne veulent pas regarder ce à quoi, pourtant, ils s’identifient. Le vandalisme est la quatrième dimension de l’histoire » (1)

En retraçant l’histoire du palais des Tuileries, depuis le lancement du chantier par Catherine de Médicis jusqu’à sa destruction au lendemain de la Commune de Paris, Guillaume Fonkenell convie le lecteur à un fascinant voyage dans cette quatrième dimension de l’histoire dont parlait Philippe Muray, saluant la réédition de la monumentale Histoire du vandalisme de Louis Réau.

Et pour mieux immerger le lecteur dans cette quatrième dimension perdue de l’histoire, les ressources de la 3D ont été utilement mises à contribution : le livre est en effet scandé par de sublimes reconstitutions du palais en trois dimensions qui permettent au lecteur de visualiser mieux qu’aucun document d’époque ne le permet l’apparence du palais disparu.

Au fil des chapitres, tous richement illustrés et agrémentés de plans détaillés des bâtiments (310 illustrations au total, plus 3 dépliants), l’auteur, responsable de la section d’Histoire du musée du Louvre, retrace l’évolution architecturale d’un palais dont on découvre à la lecture à quel point il fut un chantier permanent. Pas un souverain qui n’ait entrepris de modifier ou de compléter les lieux. Tous les plus grands architectes ont ainsi contribué à ces évolutions, depuis Philibert Delorme jusqu’à Hector Lefuel, en passant par Androuet du Cerceau, Soufflot, Gabriel ou encore Percier et Fontaine. Cette abondance de grands noms ne fut d’ailleurs pas selon l’auteur nécessairement bénéfique au résultat final : « chaque génération ou presque s’est penchée sur le palais, a mobilisé pour le poursuivre ou l’achever les meilleurs artistes de son temps, mais, au lieu de s’additionner et de produire un bâtiment hors du commun, leurs efforts semblent surtout s’être annulés et avoir abouti à un espace informe, à une architecture ectoplasmique, une symphonie dysharmonique. »

Lieu de pouvoir, sis au cœur de la capitale, le palais des Tuileries eut toujours une forte dimension symbolique qui lui fut finalement fatale : « la destruction obéissait à des considérations symboliques : alors que l’ennemi rentrait dans Paris, il fallait lui signifier que le retour d’un pouvoir autoritaire ne serait plus possible en brûlant le siège du pouvoir exécutif ».

Un ouvrage de référence donc, qui ravira tant les amateurs d’histoire architecturale par la précision inégalée de son information, que le lecteur en quête d’un voyage dans le temps, sur les traces d’un haut lieu de l’histoire de France aujourd’hui disparu.

Notes et références :

1 – Philippe Muray, « Histoire de la destruction », in Exorcismes spirituels I, première publication 1995.

Présentation de l’éditeur :

Résidence d’agrément, lieu de vie des souverains et siège du pouvoir, le palais des Tuileries accompagne l’histoire de France de sa silhouette devenue composite au fil des siècles.

Entrepris par Catherine de Médicis, le palais des Tuileries est poursuivi et agrandi par Henri IV. Louis XIV en fait un séjour habitable pour la famille royale et la cour tout entière. Haut lieu de l’Ancien Régime, il est le théâtre de sa chute le 10 août 1792. Mis à sac, le palais retrouve sa splendeur sous l’Empire. Napoléon III y effectue à son tour des travaux titanesques et réalise enfin le grand projet d’unification avec le Louvre.

Pris dans les tourmentes de la Commune, les Tuileries sont ravagées par un incendie tragique en 1871. Leurs vestiges calcinés, fantôme du palais au coeur de Paris, ne sont abattus que douze ans plus tard au terme de combats politiques acharnés. Chaque époque est marquée par l’intervention des architectes les plus talentueux : Philibert Delorme, Jean Bullant, Baptiste Androuet du Cerceau, Louis Le Vau, Jacques-Germain Soufflot et Ange-Jacques Gabriel, Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine, Hector Lefuel…

Tous œuvrent à la construction, à la transformation et à l’agrandissement du palais, repensant en profondeur la logique du projet pour le compte de leurs prestigieux commanditaires. Grâce à une description et une analyse architecturale du bâtiment au cours des siècles, Guillaume Fonkenell signe avec Le Palais des Tuileries un ouvrage de référence, faisant le point sur les dernières recherches. Le recours à la technologie 3D donne à voir le palais aujourd’hui entièrement disparu grâce à des restitutions virtuelles exceptionnelles, offrant ainsi au lecteur une appréhension renouvelée de ce lieu mythique.