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« C’est Clio qu’on assassine »

Une nouvelle pétition qui entend inscrire dans un contexte plus large l’actuelle réforme du lycée:

laviss« L’Histoire est la conscience de l’humanité » a écrit il y a plus d’un siècle et demi le grand journaliste libéral Emile de Girardin .

C’est à cette conscience de l’humanité que s’attaque aujourd’hui le ministre de l’Education nationale Luc Chatel, diplômé de marketing, ancien chef de produit, puis chef de groupe enfin directeur des ressources humaines de l’Oréal leader mondial de cosmétiques.

Une mise à mort programmée.

Il vient en effet d’annoncer sa volonté de rendre cet enseignement optionnel en terminale S celle qui accueille plus de la moitié des effectifs de l’enseignement général en terminale. En réalité cette transformation en enseignement facultatif d’un enseignement jusqu’ici obligatoire et figurant comme tel au baccalauréat préfigure sa disparition définitive à moins que les enseignants s’appuyant sur une mobilisation de tous les citoyens attachés à l’école républicaine ne contraignent le ministre à renoncer à son projet. Luc Chatel croit nous donner le change en annonçant le maintien voire le renforcement de cet enseignement en première assorti d’une épreuve anticipée du bac à la fin de cette année. Mais concentrer sur deux ans ce qui s’étudiait en trois ans suppose inévitablement soit que l’on sacrifie des pans entiers du programme d’histoire contemporaine soit leur « compactage » en « thèmes » vagues et larges, propices à tous les endoctrinements, où l’idéologie préétablie submergera toute connaissance de faits objectifs.

On massacre l’enseignement de l’histoire depuis plus de trente ans

L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie dénonce à juste titre ce dispositif et ses conséquences corporatives. Nous voudrions ici souligner la continuité entre cette contre réforme et celles qui l’ ont précédée : dès les années 1970, fut imposée en primaire la dissolution de nos disciplines dans le brouet clair de « l’éveil » et au collège apparurent les « thèmes » diachroniques ; si bien qu’en 1979 Alain Decaux pour le grand public, Pierre Goubert avec le prestige que lui conféraient ses travaux universitaires sonnèrent l’alarme : on n’apprend plus l’histoire à vos enfants.

Le lycée épargné jusque là subit à son tour l’assaut des démolisseurs : en 1995 le ministre Bayrou bouleverse les programmes de seconde sous prétexte d’y introduire l’enseignement du « fait religieux » et afin de souligner les hypothétiques racines communes aux nations européennes et en particulier leurs prétendues racines chrétiennes. Cela nous valut un programme à thèmes totalement désarticulé sans aucun souci de cohérence chronologique et interdisant par conséquent toute appréhension de la causalité en histoire: le citoyen à Athènes au V° siècle, naissance et diffusion du christianisme, la Méditerranée au XII° siècle, carrefour de trois civilisations (souligner les fondements religieux et politiques), Humanisme et Renaissance, la Révolution et l’Empire…
Pour faire face à l’indifférence croissante des familles et des jeunes à l’égard des questions religieuses dans une Europe de plus en plus sécularisée, on choisit de les aborder par le biais du culturel ce qui nous valut de beaux chapitres magnifiquement illustrés sur la Renaissance artistique des XV° et XVI° siècles mais au prix d’un escamotage des questions suivantes : la découverte de l’Amérique, le commerce transatlantique et la traite esclavagiste, l’effacement de la Méditerranée au profit des Etats situés sur la façade atlantique ! Le chapitre traditionnel sur la société d’Ancien régime passait lui aussi à la trappe, on étudierait désormais la Révolution en omettant de rappeler précisément ce qu’était cette société du privilège qu’elle abolit en proclamant l’égalité en droits!

Nouvelle offensive en 2003 : au nom de l’approche thématique, on imposa aux élèves de première littéraire et économique et sociale d’étudier l’histoire du premier XX° siècle avec la grille de lecture suivante : « guerres, démocraties et totalitarismes » (1914 1945), inspirée directement par le révisionniste allemand Ernst Nolte.

Cette confusion délibérément entretenue entre nazisme, fascisme et stalinisme au nom du fumeux concept de totalitarisme faisait fi des circonstances historiques différentes qui avaient présidé à la naissance de ces régimes, ignorait les forces sociales qui les soutenaient, les objectifs poursuivis, l’un menant à la chambre à gaz et l’autre au camp de travail suivant la formule de Raymond Aron. Cet envahissement majeur du thème du totalitarisme permettait de gommer le rôle des magnats de la sidérurgie allemande dans la venue au pouvoir de Hitler, d’effacer le lien entre la grande crise de 1929 et la marche à la seconde guerre mondiale ! Celle-ci disparaissait des programmes de troisième et devenait une crise comme une autre, un accident de la croissance en première! D’une manière générale, les faits économiques et les luttes sociales n’étaient plus mis en rapport avec les évènements politiques, et la trame chronologique était disloquée par ces fameux thèmes, interdisant de fait aux lycéens de première de trouver une quelconque causalité dans l’enchaînement des évènements.

La fin de l’histoire ?

Ce fut le pronostic émis par l’illuminé Fukuyama saluant la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’URSS – deux événements de nature et de portée différentes -comme l’avènement d’une ère paisible pour un capitalisme sans entraves et sans crises…Or depuis 1989 les guerres n’ont pas manqué ni les crises économiques. Néanmoins nos ministres de l’éducation nationale persistent. Luc Chatel veut aujourd’hui parachever l’oeuvre entreprise depuis près de quarante ans, de mettre à mort l’enseignement de l’histoire et de la géographie. La contre réforme de Luc Chatel annonce le coup de grâce.

« Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre. »

Veut-on condamner la jeune génération à revivre la grande crise de 1929 ? Veut-on rendre inévitable la marche à de nouveaux affrontements guerriers, pour le pétrole, pour l’eau, pour les métaux rares, le tout déguisé en conflits de civilisation ? Ou en « lutte contre le terrorisme »?

Le président de la république préfère les curés aux instituteurs.

Avec Condorcet nous pensons que la théologie n’a rien à faire dans l’instruction publique et que celle-ci, gratuite, générale, laïque et obligatoire est due par la république à tous les jeunes, les futurs citoyens.

Nous rejetons les affirmations intéressées de ceux qui prétendent que pour « rétablir le lien social » il faille développer le sens du « sacré » et souligner les « fortes valeurs fédératrices » des trois monothéismes, (tu ne tueras point, tu ne voleras point, tu aimeras ton prochain, vaste programme ironise Paul Veyne, et qui n’ a jamais empêché les clergés de tous bords de bénir les guerres, les guerriers et les financiers …)

Avec les grands révolutionnaires de 1789-1793, nous pensons que les hommes, les femmes et en particulier les jeunes générations ont besoin d’être éclairés et non pas endoctrinés, comme avant-hier sous Pétain sous la bannière du Sacré Coeur et du culte du chef, aujourd’hui sous le drapeau de l’Education civique moralisatrice façon patronage, où la tolérance, la solidarité et le développement durable sont chantés sur tous les tons : pendant que de multiples associations s’invitent dans les classes pour « construire un puits au Burkina Faso », on néglige d’enseigner aux collégiens la géographie de l’Afrique et aux lycéens le rôle du FMI, de la Banque mondiale et des multinationales dans le pillage de ce continent.

Nous invitons tous ceux qui croient encore aux valeurs républicaines et démocratiques, à dire « halte au massacre de l’enseignement de l’histoire et de la géographie » et, comme première mesure d’urgence à signer la pétition de l’Association des professeurs d’Histoire et de Géographie[*] qui exige le maintien de l’enseignement obligatoire de l’histoire géographie en terminale scientifique. La jeunesse a le droit de connaître le passé afin de pouvoir comprendre le présent et s’attacher ainsi à ne pas revivre les désastres qui ont toujours accompagné et suivi le déferlement de la misère, l’ignorance et l’enrôlement des hommes et des femmes au nom de la race ou de la religion ou de la terre.

Premiers signataires :

Arrighi Paul, docteur en histoire
Barbe Michel, agrégé de géographie
Bartholy Marie Claude, agrégée de philosophie
Bélissa Marc, maître de conférences en histoire moderne, Université Paris Ouest Nanterre
Bihr Alain, professeur de sociologie, Université de Franche Comté.
Bourdin Gérard, historien, Institut de l’histoire du temps présent, Orne.
Cassard Jean Pierre, professeur agrégé d’histoire géographie,lycée Jules Ferry Saint Dié des Vosges
Collin Denis, agrégé de philosophie docteur en Lettres et Sciences humaines
Dauphin Odile, coordinatrice du livre collectif L’enseignement de l’histoire-géographie de l’école élémentaire au lycée, vecteur de propagande ou fondement de l’esprit critique ? paru en 2009 à l’Harmattan
Delmas Luc, professeur agrégé, docteur en histoire
Excoffier Christine, professeur d’histoire géographie, lycée Périer à Marseille
Grumberg Pierre, journaliste à Science et Vie, après des études d’histoire
Janneau Rémy, agrégé d’histoire, ancien professeur à l’IUFM de Basse Normandie
Forey Elsa, professeur de droit public, Université de Franche Comté
Labrasca Franck, professeur de lettres à l’Université Rabelais Tours
Lescot Claudie, professeur au collège Sonia Delaunay, en ZEP, Paris, XIX° arrondissement.
Maillard Nicole professeur d’histoire géographie en collège, retraitée
Marie Jean-Jacques, agrégé de lettres classiques, historien de la révolution russe
Moatti-Gornet Danièle, agrégée d’histoire, docteur en philosophie, professeur au lycée Simone Weil à Paris
Molénat Jean Pierre, agrégé d’histoire, docteur d’état, directeur de recherches émérite au CNRS spécialiste de l’islam médiéval
Perron Nicole, agrégée, historienne de la révolution française
Quentin Bernadette retraitée PTT-FT
Rittersporn Gabor chercheur au CNRS, Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre européen, histoire socio-culturelle de la civilisation russe
Rochedy Patric, conteur
Sebban Serge, professeur au lycée Bergson, Paris XIX° arrondissement.
Schiappa Jean Marc, historien des babouvistes, président de l’Institut de recherches et d’études de la Libre pensée
Verlhac Martine, professeur honoraire de philosophie en première supérieure.
Source


5 Comments to « C’est Clio qu’on assassine »

  1. 11 décembre 2009 at 12 h 49 min | Permalink

    Si il y a bien quelque chose qui uni les hommes c’est bien l’histoire, la science historique.

  2. Jean-Marc Labat's Gravatar Jean-Marc Labat
    11 décembre 2009 at 19 h 40 min | Permalink

    Beaucoup de choses plus que discutables dans ce texte.

  3. L'ami cale's Gravatar L'ami cale
    17 décembre 2009 at 8 h 02 min | Permalink

    Ce texte est bizarre. Personne ne veut la suppression de l’histoire.
    L’enseignement des faits religieux est indispensable pour comprendre le passé et même le présent.
    Enfin le totalitarisme n’est pas un nom fumeux, Hitler dans un discours à la radio allemande a clairement expliqué que le communisme est la ‘même chose’ que le nazisme.
    (citation découverte dans une très vieille édition de ‘la route de la servitude’ de Hayek)

  4. segal's Gravatar segal
    17 décembre 2009 at 11 h 01 min | Permalink

    La première chose que l’on m’a apprise lorsque j’ai commencé mes études d’Histoire c’est de rejeter tous les amalgames. Aujourd’hui les « c’est comme » fleurissent partout. Je rappelle aussi pour tous ceux qui l’ignorent que la guerre froide se termine en 1954 avec la mort de Staline et qu commence une nouvelle période : la coexistence pacifique. Cela n’a sans doute aucune importance mais montre l’ignorance de ceux qui nous parlent. Ou bien y-a-t-il un but ?

  5. kudla michele's Gravatar kudla michele
    19 décembre 2009 at 18 h 32 min | Permalink

    ok pour la sauvegarde de l’histoire dans les lyces et l’université

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