« Le projet de suppression de l’histoire et de la géographie des terminales scientifiques aboutit à décapiter ce qui a fait la force de l’enseignement secondaire. L’objectif de l’enseignement secondaire étalé sur sept ans était de préparer des adolescents à exercer plus tard des fonctions pivots dans la société grâce à une formation générale, c’est-à-dire ni rudimentaire ni enfermée dans une spécialisation décrochée de l’enseignement secondaire.
Parce qu’elles sont par nature disciplines de la cité et formatrices du citoyen, l’histoire et la géographie ont été présentes tout au long de l’enseignement secondaire au XXe siècle et au début du XXIe siècle. En outre, elles ont été et sont pour les catégories les plus défavorisées des voies d’accès à l’insertion sociale et nationale grâce à une culture envisagée comme un instrument de dialogue social fournissant un socle de référents communs à un passé et à des territoires.
Décryptage du monde
La terminale correspond chez les élèves à un degré majeur de maturation intellectuelle. L’histoire et la géographie ne se bornent pas à emmagasiner des connaissances, mais elles deviennent maîtresses du raisonnement. Pour tout citoyen, il est fondamental de prendre parti en toute connaissance de cause, de se décider face à n’importe quelle situation et de démêler l’écheveau des facteurs des grands événements de notre temps, de la construction des territoires, de la mondialisation.
L’absence d’un enseignement obligatoire d’histoire-géographie en terminale scientifique ne permettra pas aux élèves qui se destinent à préparer des concours commerciaux – écoles de commerce (HEC, ESCP) -, des concours scientifiques (agrotourisme) ou des écoles d’ingénieurs ou les instituts politiques, ou à entreprendre des études de géographie à l’université, de recevoir un enseignement cohérent et construit selon l’itinéraire d’un cours consacré au décryptage du monde actuel. Et que dire de ceux qui ne feront plus jamais d’histoire-géographie dans leur cursus, comme les futurs étudiants de médecine ou ceux qui s’engagent dans la vie active ?
Avec ce projet sanctionnant le tronc commun en fin d’année de 1re S, la classe de terminale scientifique se trouverait décrochée de l’enseignement secondaire. On aboutirait à une rupture de la chaîne des enseignements. Cette spécialisation à outrance qui fait le pari de former davantage de scientifiques est une politique à courte vue.
Elle prive plus de 50 % des effectifs des séries générales des lycées d’une culture générale pour tous ces élèves et les dispense de 54 heures d’ouverture sur les espaces et les temporalités de notre monde. Elle aura des répercussions sur les programmes, obligeant les élèves scientifiques et des autres séries du tronc commun à faire en deux ans ce qu’ils font actuellement en trois ans.
Un module proposé en terminale, mis en concurrence avec d’autres options scientifiques, ne sera pas pris par tous les élèves et introduira une inégalité parmi les lycéens, qui ont le droit de recevoir une formation historique, géographique et citoyenne. »
Les signataires : L’Association des professeurs d’histoire et géographie, la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, la Société des historiens modernistes, l’Association des historiens contemporéanistes et de la recherche, le Comité national français de géographie, l’Association des géographes français. De très nombreuses personnalités – historiens, géographes, économistes, responsables politiques – l’ont signé, parmi lesquelles Jean-Jacques Aillagon, Jean-Pierre Azéma, Georgette Elgey, Marc Ferro, Philippe Joutard, Michel Kaplan, Pierre Nora, Jacques Sapir, Yves Lacoste, Dominique de Villepin et Annette Wieviorka.
La réponse de Luc Chatel :





Villepin a signé, n’est-ce pas magnifique.
Sinon, ce n’est qu’un plaidoyer pro-domo.