La semaine dernière, on annonçait le passage de 2h30 à 4 heures hebdomadaires d’histoire-géographie pour toutes les classes de première -y compris la série scientifique. Tambours, trompettes, certains se réjouissaient d’avance de l’ouverture d’esprit que représenterait cet effort dans le tronc commun. Or un « détail » manquait, et pas des moindres : en terminale S, l’histoire-géo devient facultative, à raison de deux heures par semaine.
En fait, l’idée de cette suppression n’est pas complètement sortie de nulle part puisqu’on l’avait déjà évoquée l’an dernier, alors que Xavier Darcos occupait le poste de Luc Chatel. Mais la mobilisation avait alors eu raison des velléités ministérielles.
Cette année, le projet semble autrement plus abouti puisque le changement figure dans la grille des horaires dévoilée le 19 novembre dernier à l’occasion d’un point presse au ministère. La mesure doit entrer en vigueur en 2012, date retenue pour la réforme de l’année de terminale.
Ce lundi, les profs de la discipline ont commencé à se mobiliser sur le Net contre cette mesure. Dans le secondaire comme dans le supérieur. Jacques Sapir, économiste de formation et directeur de recherches à l’EHESS, est monté au créneau (pour info, son épouse est prof d’histoire-géo et impliquée dans l’association des enseignants de la discipline). Interviewé par Rue89, l’universitaire dénonce le manque de professionnalisme de Luc Chatel : « Darcos était un vrai professionnel de l’éducation, il avait compris que ça n’avait pas de sens d’imposer cela. Chatel, lui, n’est même pas un professionnel de la politique : c’est un professionnel du marketing. Si je peux me permettre, il s’est fait bourrer le mou par les mathématiciens et les physiciens. »
L’argument principal, côté ministère, c’est qu’il était temps de revaloriser les filières L (littéraire) et ES (économique et sociale). En rendant l’histoire-géographie facultative en terminale S, on espère dissuader les candidats à des études comme Sciences-Po de passer par la série scientifique sous prétexte qu’elle serait plus réputée. Là encore, Jacques Sapir dénonce l’inconsistance du raisonnement au nom de l’éveil des ouailles : « Ils ne passeront peut-être plus par la série S pour préparer Sciences-Po mais ils feront quand-même S pour faire HEC ou Polythechnique, où il y a bien des formations en management culturel, que je sache ! Ils ont besoin d’avoir de meilleures bases. »
COMMUNIQUE DE L’ASSOCIATION DES PROFESSEURS D’HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
Pour le maintien d’un enseignement obligatoire de l’Histoire et de la Géographie en classes Terminales Scientifiques
Après une consultation des bureaux de ses 25 régionales, l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie rejette dans le projet de réforme du Ministère de l’Education nationale la disparition d’un enseignement obligatoire d’Histoire et de Géographie pour tous les élèves de Terminale S.
Sachant que les élèves de Terminale S représentent actuellement plus de la moitié des effectifs des séries générales, sachant aussi que, pendant une bonne partie du XXe siècle, l’horaire d’Histoire et de Géographie était dans les sections équivalentes à la section S de 4 heures, sachant en outre que cet enseignement a été réduit aujourd’hui à 2 h ½, l’APHG condamne cette disposition de la réforme, qui constituera pour les futurs cadres de la Nation une régression intellectuelle dans leur formation générale.
En conséquence l’APHG demande un volume horaire hebdomadaire obligatoire de 3 heures (non optionnelles) avec un contrôle au bac en fin de classe Terminale comme les autres séries générales.
La sanction au Baccalauréat en fin de Première rendrait inopérant un enseignement en classes Terminales, ce qui créerait en outre une rupture avec la préparation à des concours scientifiques et commerciaux qui requièrent une compréhension du monde contemporain dans sa complexité.
Le Secrétariat Général de l’APHG





Bof, déjà que les potaches ne savent pas grand chose, ce n’est pas une heure de plus ou une heure de moins qui changeront la face du problème. Celui ci est en amont des classes visées.
Alors, les jérémiades de l’assoc me laissent de marbre.
C’est sûr qu’ils ne savent pas grand-chose. Mais c’est tout aussi sûr qu’avec des heures en moins ils en sauront moins qu’avec des heures en plus…
Cela peut paraître pour des « jérémiades », mais le constat est inquiétant: depuis 20 ans, le nombre d’heures d’histoire-géographie est en baisse, au profit d’enseignements nébuleux et étranges, insistant sur la « pédagogie de groupe » et autres truanderies pédagogistes de ce genre.
La gangrène de l’enseignement, c’est bien ça, le pédagogisme, faire croire à l’élève qu’il peut construire son savoir seul et que le prof n’est qu’un accompagnateur. Et c’est bien ça le sens de cette réforme: moins d’heures, donc plus d’économies, mais tout ça sous couvert d’un meilleur enseignement. Une pure escroquerie.
Après ça, faut pas s’étonner que les profs ne soient plus respectés de personne, puisqu’ils ne font plus le métier qui était le leur il y a encore un quart de siècle.
Mon cher Jean-Claude
Je ne vais pas recommencer avec toi ce débat sans fin qui nous oppose. Nous en discuterons un jour entre quatre yeux, mais je doute que nos positions réciproques puissent se rapprocher.