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Emotions françaises

1830hdv

1789. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen inscrit à l’article 2 un droit de résistance à l’oppression fondé sur le pouvoir normatif des sentiments et des émotions.

1795. Les thermidoriens évacuent ce droit et refoulent du même coup les émotions de l’espace public.

Une division apparaît alors dans le champ des savoirs : les sciences morales et politiques, dont l’histoire, se séparent de la littérature et des beaux-arts.

Depuis, le discours historique oscille entre un désir de science qui lui fait oublier sa nature fondamentalement littéraire et politiquement sensible, et un désir de politique qui l’oblige à renouer avec sa dimension narrative et littéraire.

De la figure de l’homme sensible du xviiie siècle au modèle d’un historien sensible aujourd’hui, le passage est possible. Penser la contemporanéité de l’un permet d’imaginer la nécessité de l’autre : un historien réconcilié avec sa fonction critique dans le présent de l’histoire, ses compétences scientifiques et ses compétences littéraires. C’est dans cet effort que l’histoire peut redevenir un savoir politique disponible.

emotions

Sophie Wahnich est historienne, chercheur au Laios/IIAC, EHESS/ CNRS. Elle a notamment publié L’impossible citoyen, l’étranger dans le discours de la Révolution française, Albin Michel, 1997, La liberté ou la mort, essai sur la terreur et le terrorisme, La Fabrique éditions, 2003, La longue patience du peuple, 1792 naissance de la République, Payot, Paris, 2008.