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Histoire de la douleur – XVIe-XXe siècle

Présentation de l’éditeur :

En tant qu’expérience subjective, la douleur est irréductiblement privée. Mais comme chacun le sait, la douleur se dit et la douleur s’expose. Dès lors, elle devient un phénomène culturel et social dont on peut étudier les formes et raconter l’histoire.

Malgré les profondes transformations historiques du rapport à la douleur au cours des cinq derniers siècles, celle-ci présente invariablement la structure d’un drame. Elle apparaît comme un état transitoire, un moment de rupture qui demande réparation. La personne qui souffre vit dans un état « liminal ». C’est vrai de don Quichotte, des pénitentes du XVIIe vivant à l’ombre des couvents, des vierges martyres du XVIe, des patients anesthésiés du XIXe, évoluant entre la conscience et l’inconscience, ou encore des individus affectés de douleurs chroniques et qui n’ont attiré qu’assez récemment l’intérêt des médecins.

Mais la douleur possède aussi toutes les caractéristiques de la représentation théâtrale : elle a des acteurs, une intrigue, une scène, des costumes, des accessoires, une scénographie, et bien évidemment, des spectateurs. Le théâtre de la cruauté, le théâtre anatomique, le théâtre baroque de l’imitation, le spectacle de la violence à l’époque des Lumières, le théâtre d’opération lié à la chirurgie dentaire et à l’obstétrique, sans oublier la comédie du masochiste – dans le drame de la douleur, il s’agit d’emporter la conviction d’autrui, et cela suppose de respecter à la lettre des règles admises de persuasion. C’est pourquoi l’histoire racontée dans ce livre s’organise autour des lieux communs (au sens rhétorique du mot) à travers lesquels le rapport à la douleur s’est construit : la représentation, l’imitation, la sympathie, la confiance, le témoignage, la correspondance, la narrativité, la réitération.

Javier Moscoso convoque une riche iconographie à l’appui de son argumentation et puise dans des sources littéraires, philosophiques, personnelles, religieuses, juridiques et médicales pour livrer une réflexion unique sur les transformations de la souffrance en Occident, sur la manière dont cette expérience naguère investie d’une signification religieuse est devenue un symptôme, et à ce titre, la marque d’un mal physique ou psychique à éliminer. À travers l’histoire de la douleur, il ne nous propose rien de moins qu’une profonde analyse sur la formation de l’individu moderne.