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Polémique autour du sujet de la dissertation d’histoire du CAPES

Le sujet de dissertation d’histoire proposé aux candidats au CAPES d’histoire-géographie suscite une polémique, initiée notamment par Pierre Serna dont nous reproduisons la tribune :

Chères et chers,
Je me suis modestement battu depuis le début d’une mauvaise réforme pour que les questions du CAPES soient alignées sur celles de l’agrégation, par bon sens et ambition républicaine réunis. La bataille semblait gagnée. Le second temps pouvait être la réintroduction des quatre périodes comme socle du savoir scientifique des futurs collègues.
Je me suis expliqué devant vous l’année dernière sur l’importance de penser la modernité comme socle de la question d’histoire contemporaine qui engageait la question de la citoyenneté de la république et de la démocratie que tous nous rencontrons, sous des visages différents, depuis le XVIe siècle. Certains d’entre vous fort légitimement, avaient manifesté leur souci de voir la question de moderne disparaitre.
C’est ainsi que le président du jury d’agrégation a choisi, après proposition de son directoire, le sujet que j’avais composé et proposé avec la vice-présidente du jury. Monsieur l’Inspecteur Général Poncelet a choisi notre sujet, ce dont je lui suis reconnaissant, incluant la période 1789-1815.
Quel n’est pas mon étonnement pour demeurer dans un langage politiquement correct à la lecture du sujet du CAPES portant sur l’engagement républicain et commençant …en…1815.
Pour ceux qui parmi nous donnent un enseignement commun ou séparé aux candidats des deux concours, ce sujet est tout simplement stupide, je mesure hélas le sens du terme! Il met en porte à faux tous les collègues modernistes qui ont participé à la préparation de la question jouant le jeu d’une discipline républicaine pour le bien des étudiants, il n’a aucun sens par rapport à la volonté proclamée partout que le CAPES doit préparer à un métier où la fusion des périodes doit être abordée, pire que tout, il met en grande difficulté les candidats du capes : on ne peut que se demander comment ils ont du construire leur première partie sans évoquer longuement l’héritage de la Révolution et de l’Empire? Quelle a pu être leur réaction alors que bien des correcteurs leur avaient répété qu’un sujet de CAPES avait vocation à englober toute la période, indépendamment du fait que pour la troisième année c’est l’histoire contemporaine qui sort… si l’on veut “contemporanéiser” toujours davantage l’enseignement secondaire, le message est on ne peut plus clair…
En tant qu’ancien professeur (heureux) de collège et de lycée et donc professeur de géographie d’histoire et d’EDUCATION CIVIQUE, je me demande quel est le sens de cette volonté manifeste d’écarter l’histoire moderne, l’histoire de la Révolution française de ce sujet qui, présenté ainsi, n’a ni sens intellectuel, ni valeur de préparation professionnelle, ni perspective civique…

Votre dévoué vice-président de l’AHMUF, et directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française,
Pierre Serna