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Situation de crise autour du jury de l’agrégation d’histoire

Contestant la nomination d’un inspecteur général, en la personne d’Yves Poncelet, plutôt que d’un universitaire, à la présidence du jury de l’agrégation d’histoire, les historiens qui en sont membres ont présenté collectivement leur démission, accompagnée de la lettre suivante :

En juillet dernier, les historiens membres du jury d’oral de l’Agrégation externe d’histoire ont exprimé leur crainte de voir le Ministère de l’Education Nationale nommer sans la moindre concertation un représentant de l’Inspection générale à la présidence du jury.

Au-delà du symbole, il s’agissait de mettre en garde contre le risque d’affaiblir l’Agrégation en découplant de la recherche la préparation d’un concours d’excellence.

Les interventions et le courrier signé par tous les membres enseignants-chercheurs historiens du jury sont restés lettre morte. La
nomination du nouveau président du concours est désormais officielle :

http://www.education.gouv.fr/pid25535/b … d_bo=73522.

Elle revient à l’Inspecteur général Yves Poncelet, vice-président du concours 2013.

Il est important que collectivement les historiens universitaires aient conscience de ce qui est en jeu : après les effets dramatiques
de la mastérisation, le rythme éreintant des réformes qui ont affecté le CAPES, désormais, c’est l’Agrégation qui est visée. Il ne faut pas
être grand clerc pour deviner qu’à très court terme l’Agrégation ne sera plus l’Agrégation, alors même qu’au fil des années les jurys successifs avaient fait évoluer le concours progressivement et dans une large concertation. Si l’Agrégation clone à court terme le Capes
nouveau style, elle n’aura bientôt plus aucune raison d’exister.

Des présidents de jurys d’Agrégation ont déjà été choisis au sein de l’Inspection générale, mais dans un contexte tout à fait différent.
Aujourd’hui, ce qui menace, c’est la poursuite, comme pour le CAPES et les Masters MEEF, de l’entreprise visant à écarter l’Université de la formation des enseignants. A terme, c’est l’ensemble de notre offre de formation qui s’en trouvera un peu plus fragilisée.

Depuis le 5 juillet, le Ministère de l’Education Nationale avait le temps, si telle avait été son intention, de dialoguer avec le jury. Au
contraire, aucune réponse ne lui est parvenue et le jury a été systématiquement tenu à l’écart de toute la procédure qui a conduit à
la nomination d’un nouveau Président. Ses membres pensaient mériter un autre traitement de la part des autorités de tutelle, dans la mesure où le bon déroulement du concours repose largement sur l’engagement et le dévouement collectif pour faire vivre le concours et en maintenir la qualité scientifique.

Les 15 signataires ne souhaitent pas continuer à participer au jury d’oral pour la prochaine session dans ces conditions, et ont le 16
septembre au matin adressé une lettre de démission au Ministère de l’Education Nationale.

Bien cordialement à toutes et à tous,

Christophe Chandezon, Vice-président, Professeur d’histoire ancienne,
Université Paul-Valéry – Montpellier III

Jean-Louis Gaulin, Vice-président, Professeur d’histoire médiévale,
Université Lumière – Lyon 2

Reynald Abad, Professeur d’histoire moderne, Université Paris IV-Sorbonne

Pierre-Yves Beaurepaire, Professeur d’histoire moderne, Université de
Nice Sophia – Antipolis, Institut Universitaire de France

Michel Bertrand, Professeur d’histoire moderne, Université de
Toulouse, Institut Universitaire de France

Philippe Chassaigne, Professeur d’histoire contemporaine, Université
Michel de Montaigne – Bordeaux 3

Sophie Dulucq, Professeure d’histoire contemporaine, Université
Toulouse – Le Mirail

Thierry Dutour, Maître de conférences d’histoire médiévale,
Université Paris IV-Sorbonne

Xavier Huetz de Lemps, Professeur d’histoire contemporaine,
Université Nice Sophia Antipolis

Frédérique Lachaud, Professeur d’histoire médiévale, Université de Lorraine

Christel Müller, Professeur d’histoire grecque, Université Paris
Ouest Nanterre La Défense

Eric Perrin-Saminadayar, Professeur d’histoire grecque, Université
Paul-Valéry – Montpellier III

Pierre Ragon, Professeur d’histoire moderne, Université Paris Ouest
Nanterre La Défense

Bertrand Schnerb, Professeur d’histoire médiévale, Université
Charles-de-Gaulle – Lille 3

Nicolas Tran, Professeur d’histoire romaine, Université de Poitiers,
Institut Universitaire de France

En réponse, Yves Poncelet a publié le présent communiqué :

Lettre de l’Inspecteur Général Yves Poncelet aux présidents des quatre associations d’historiens

Mesdames les présidentes, messieurs les présidents, chers collègues,
Je vous renouvelle mes remerciements pour votre acceptation unanime d’une rencontre de travail et vous dis donc au 23 septembre, 13 heures, avec plaisir.

Depuis vendredi dernier, j’ai décidé d’organiser une réunion plénière du jury de la session 2013 afin que toutes les questions soulevées puissent être posées et que l’avenir à court et moyen termes puisse être préparé.
Je vais donc m’employer à organiser cette réunion plénière, qui aurait lieu un samedi après-midi – afin de faciliter la venue d’un maximum de membres.
Je serais heureux que vous (ou des membres du bureau de chacune de vos associations, en fonction des disponibilités de chacun) puissiez y venir : si vous le voulez bien, nous en parlerons le 23.

Je serais heureux aussi que des responsables de la DGRH du ministère puissent y participer, puisqu’une très grande majorité des questions que soulève la désignation d’un inspecteur général à la présidence du jury de la session 2014 de l’agrégation d’histoire relève d’enjeux généraux et de craintes qui dépassent de beaucoup ma personne.
Nous verrons si les disponibilités de mes interlocuteurs permettent leur présence ; dans le cas contraire, il faudra de toute façon que des membres du jury puissent, s’ils le souhaitent, rencontrer des responsables de la DGRH, et je m’y emploierai.

Cette réunion plénière pourra être l’occasion de revenir sur l’articulation entre les programmes du CAPES d’histoire et géographie, de l’agrégation de géographie et de l’agrégation d’histoire : nous devons travailler rapidement sur ce dossier, dans l’intérêt de notre discipline, des candidats et des préparateurs.
J’ai obtenu sur ce point le plein assentiment du président du jury de la session 2014 du CAPES d’histoire et géographie, Vincent Duclert, et de son vice-président pour l’histoire, Pascal Brioist ; j’en discuterai cette semaine avec le président du jury de la session 2014 de l’agrégation de géographie. De cela aussi, nous parlerons, si vous le voulez bien, le 23 septembre.

Je reçois les échos assourdis des échanges qui ont lieu actuellement entre une partie des membres du jury de la session 2013, et plus largement au sein de la communauté universitaire. J’en respecte éminemment les acteurs ainsi que leurs positions (pour autant bien sûr que ces dernières témoignent elles-mêmes du respect dû aux règles du débat, aux personnes et aux autres positions). Mon respect est d’autant plus aisé que j’ai pu apprécier durant mes trois années de vice-présidence la valeur intellectuelle et professionnelle de tous ceux qui travaillaient au sein de ce jury.
Je vous exprimerai le 23 à quel point ma désignation ne comporte rigoureusement aucune mission de réforme, ni explicite ni implicite, mais la simple charge, commune à tous les présidents précédents, de faire réussir la session dans le respect des spécificités et de l’histoire du concours, de l’excellence du recrutement et des candidats. Cette désignation manifeste seulement un principe simple : l’intérêt d’une alternance à la présidence des jurys entre professeurs des universités et inspecteurs généraux, banale dans bien d’autres agrégations (qui sont pour autant restées ce qu’elles étaient) et dont la mise en oeuvre pour la session 2014 de l’agrégation d’histoire ne comporte rigoureusement aucun sens caché.
Je crois n’avoir jamais donné dans ma carrière, et notamment pas à la présidence du CAPES externe et à la vice-présidence de l’agrégation, prise à des accusations de rejet des exigences d’un haut niveau de savoirs, à des accusations de « reprise en main » (attitude qui m’est étrangère tant humainement que professionnellement) ou à un quelconque tropisme d’enfermement sur le Secondaire au détriment du Supérieur. L’agrégation a et doit impérativement conserver des liens forts et structurels avec l’enseignement supérieur : je ne doute pas que ce restera le cas, et peut-être d’ailleurs – mais ce n’est absolument pas à moi d’en juger – encore plus clairement demain qu’aujourd’hui.

Encore faut-il que les universitaires n’abandonnent pas le terrain. Dans le dossier qui nous préoccupe ici, comme dans toutes les autres circonstances, il me semble que le meilleur chemin sera ouvert par celles et ceux qui articulent leurs convictions légitimes avec la volonté d’ouverture et de dialogue, dans l’intérêt du bien commun. C’est à quoi nous allons nous employer et croyez à quel point je vous en suis reconnaissant.

Bien cordialement,
Yves Poncelet