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La Russie et la tentation de l’Orient

Si, à partir de Pierre le Grand, la Russie a tout fait pour s’arrimer à l’Occident, un voile recouvre l’autre versant de son identité : sa composante orientale.

Au XIXe siècle, la construction d’un vaste empire colonial pousse la puissance russe toujours plus loin à l’est et au sud, du Caucase jusqu’à l’océan Pacifique. Entre la fondation de Saint-Pétersbourg en 1703 et la création de Vladivostok en 1860, on assiste à une véritable « orientalisation » de l’Empire.

Militaires, savants et diplomates, écrivains et artistes nourrissent alors l’imaginaire de la Russie et fortifient sa vocation universelle.

De Catherine II à Lénine, de Pouchkine à Diaghilev, cet ouvrage offre pour la première fois une présentation générale de la colonisation russe en Orient, des rêves suivis parfois de réveils cruels qui l’ont accompagnée, et dont certains durent encore.


La révolution néolithique dans le monde

La révolution néolithique est sans doute l’un des événements majeurs de l’histoire humaine. Indépendamment, dans plusieurs régions du monde, des espèces animales et végétales sont domestiquées, permettant une maîtrise des ressources alimentaires.

Il en résulte une explosion démographique sans précédent qui conduit en quelques millénaires à des sociétés inégalitaires et violentes où apparaissent des villes et des États. Cet ouvrage, associant les points de vue d’archéologues, d’anthropologues, de linguistes, de généticiens, d’agronomes, s’interroge sur les causes de cette révolution et en décrit les diverses formes dans les principales régions du monde – Proche-Orient, Afrique, Chine, Amériques, Océanie, Japon – grâce aux acquis les plus récents de la recherche.

En résulte une analyse des conséquences sociales, économiques, culturelles, mais aussi écologiques et démographiques de l’invention de l’agriculture et de l’élevage qui est, peut-être, la première grande rupture des équilibres entre l’homme et la nature.


Hans Belting à Paris pour deux conférences

Le grand historien allemand des images médiévales Hans Belting (directeur du Centre de l’art et de la technologie des Média [Zentrum für Kunst und Medientechnologie] à Karlsruhe) est à Paris cette semaine et y donnera deux conférences autour de ses derniers ouvrages.

- Jeudi, 11 mars 2010 à 18h00

Dans le cadre des jeudis de l’actualité historiographique à l’institut Historique Allemand à Paris (IHAP)

Hans Belting donnera une conférence intitulée : Florence et Bagdad. Une histoire du regard entre Orient et Occident (en lien avec son ouvrage Florenz und Bagdad. Eine westöstliche Geschichte des Blicks, Munich, C.H. Beck, 2008)

Conférence en allemand avec traduction simultanée

- Vendredi, 12 mars 2010 à 10h00

Dans le cadre du séminaire « Passages de rives. Lieux, objets, acteurs » Séminaire commun de l’Institut Historique Allemand et de l’EHESS.

Discussion avec Hans Belting (Karlsruhe) et Elisabeth Ruchaud (IHAP) sur Hans Belting, La vraie image : croire aux images ?, traduit de l’allemand par Jean Torrent, Paris, Gallimard, 2007.

Lieu :

l’Institut Historique Allemand
Hôtel Duret de Chevry
8, rue du Parc Royal 75003 Paris (Métro Saint-Paul


Le christianisme de A à Z

Ce « nouveau » dictionnaire offre une perspective historique inédite sur le christianisme : il propose une analyse synthétique et accessible des figures emblématiques, des lieux – géographiques et théologiques – et des temps qui ont fait l’histoire chrétienne.

Ces personnages et ces notions ont joué un rôle considérable dans le devenir de cette religion et ont profondément marqué la culture et la civilisation de l’Orient et de l’Occident : le Christ bien sûr, niais aussi Marie, Pierre et les Apôtres, ainsi que les plus grands saints. Le christianisme a aussi suscité l’apparition de types humains et de formes d’action caractéristiques : le pénitent, le converti, le croisé, la mission, l’engagement social et bien d’autres encore.

En partant non des définitions dogmatiques mais du vécu des chrétiens, de leurs croyances fondamentales et des symboles dans lesquels ils se sont reconnus au cours des siècles, le présent ouvrage vise à répondre aux attentes du public en mettant à sa disposition des notices à la fois claires et documentées, écrites par les meilleurs spécialistes français et étrangers.


Le nationalisme algérien avant 1954

Réédition en un volume de deux anciens ouvrages de Benjamin Stora.

Comment comprendre l’Algérie d’aujourd’hui à moins d’un retour critique sur l’histoire ? Ce livre réunit neuf des premières études de Benjamin Stora qui gardent leur pertinence et éclairent comme jamais l’actualité. C’est toute la complexité et la pluralité du nationalisme algérien dans sa phase de constitution entre 1920 et 1954 qui est ici montrée.

En quoi les débats de la période 1935-1938 avec le Front populaire et le mouvement communiste se retrouveront-ils dans la guerre d’Algérie ? Quel rôle a joué l’islam ? Comment, à travers les contradictions régionales, a percé la conscience nationale ? Pourquoi la représentation paysanne dans la marche du nationalisme est- elle demeurée faible ? Quelle est la signification des affrontements idéologiques qui ont traversé la direction de l’organisation nationaliste à la veille du 1er novembre 1954 ? Comment se sont organisées les « batailles de mémoire » entre dirigeants pour consolider une légitimité historique ?

Toutes ces questions décisives ouvrent sur une compréhension du présent. Un volume exemplaire où se laisse voir la genèse intellectuelle d’un des plus grands spécialistes de l’Algérie et qui ouvre, de façon surprenante, sur une saisie renouvelée du présent.


Relire Michelet




















ll n’est guère d’historien avant Fernand Braudel pour qui la perception des différentes allures du temps ait eu plus d’importance que Michelet.

Siècles du Moyen Âge qui s’étirent interminablement, pas vif de la Régence, boitement du XIXe siècle…

Michelet mesure à travers ces variations non seulement la marche du progrès mais le rapport des hommes de chaque époque à l’histoire qu’ils vivent, selon qu’elle leur pèse, les écrase ou les porte.

Le rythme, réalité essentiellement organique chez Michelet, dit que l’histoire n’est jamais désincarnée. Ce volume explore à la fois le rythme comme objet historique (la façon dont Michelet commente et interprète certains phénomènes rythmiques) et comme instrument intellectuel de l’historien, dont le travail repose sur le repérage de scansions, de cycles, de surgissements perturbateurs créant de nouvelles régularités…

Des œuvres telles que La Mer figurent le rapport contradictoire que l’histoire de Michelet entretient avec les rythmes naturels. Mais est-il possible de parler d’une poétique de l’histoire liée au rythme sans aller voir dans l’atelier même de l’écrivain comment la prose concerte ses effets rythmiques ? C’est pourquoi le volume a souhaité accorder une large place aux études où la stylistique s’ouvre vers la production du sens de l’histoire.

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Paule Peletier propose également une anthologie de textes de Michelet, au format poche.


Le sexe selon Corbin

Deux rééditions en poche chez Flammarion :


















La réforme des lycées contre les sciences sociales par le CVUH

Extrait du point de vue du CVUH sur la réforme du lycée, et notamment les nouveaux programmes d’histoire-géographie.

« Même si la dénaturation disciplinaire ne semble, à première vue, pas si frontale en histoire-géographie, cette dernière subit tout de même de sérieuses attaques. La suppression de son caractère obligatoire en Terminale S s’accompagne en effet d’une refonte des classes de Première et Terminales qui doit mobiliser toute notre vigilance. A priori, la Première verrait opérer une condensation des thématiques telle qu’il s’agirait d’y aborder l’ensemble du vingtième siècle, jusqu’ici traité en deux ans… Soyons un tantinet réalistes : difficile d’imaginer la possibilité d’un montage qui puisse favoriser l’intelligibilité et la complexité. La forme spécifique de l’écriture scolaire de l’histoire revêt ici toute son importance (2). Parmi les écueils possibles, deux nous semblent de la plus haute importance : le premier reviendrait à focaliser l’étude, dans une perspective de « devoir de mémoire » sur les « moments-clés » de la compréhension du XXe siècle, notamment dans leur dimension traumatique. On imagine assez bien « le siècle des traumatismes » et l’écriture victimisante, téléologique et outrancièrement simplifiée d’un siècle pris dans l’engrenage de la « brutalisation » et le piège des « totalitarismes ». Le second écueil reviendrait à assouvir une soif de fausse exhaustivité par une scansion purement évènementielle, en recouvrant simplement le déroulé chronologique par une mise en mots. Dans ces deux cas d’histoire en pilotage automatique il sera totalement vain de chercher à s’appesantir sur la complexité de moments historiques (colonisation, génocide(s), Vichy… quelle importance après tout ?) et encore plus de puiser dans le passé les multiples exemples de mobilisations sociales qui ont contribué à dessiner les contours de cette société qu’on nous enjoint aujourd’hui de ne pas chercher à comprendre. C’est sonner le glas de tout résidu d’histoire économique et sociale, mais aussi n’offrir qu’une histoire soit totalement désincarnée par la conceptualisation, soit en prise directe avec une émotion qu’il sera impossible – faute de temps – d’objectiver par une mise à distance réflexive. Dit autrement, nous serions face à une mécanique qui empêche de penser. Dans le contexte d’instrumentalisation politique du passé que l’on connaît actuellement, de quelles garanties dispose-t-on pour qu’une telle simplification ne vienne pas couronner les tentations de l’ethnocentrisme, du recours à l’émotion facile téléguidée depuis le sommet de l’État ? Comment ne pas craindre que cette histoire, réduite à une peau de chagrin, ne fasse passer l’événementiel avant l’esprit critique ?

Ce qui s’annonce en Terminale ne peut guère nous rassurer sur ce point. La première mouture annoncée dans les lycées montrait une volonté de mettre l’accent sur l’hypercontemporain, à partir de 1989. Les derniers échos à la suite des rencontres de l’Inspection Générale avec les syndicats évoqueraient plutôt (ou en sus ?) une histoire thématique qui en reviendrait au temps long. C’est donc une nouvelle gymnastique d’esprit qui est proposée ici aux élèves et aux enseignants. La perspective n’est pas dénuée d’intérêt. Nul ne mettra en question le fait que donner de l’épaisseur historique à un fait, autrement qu’en l’inscrivant dans une chaîne immédiate de cause à effets, est d’une évidente nécessité. Mais là encore, plusieurs problèmes se posent. Le premier serait d’arguer de l’année de Terminale, en pariant sur une « maturité » des élèves pour y aborder les questions dites « chaudes » ou « sensibles ». On voit ainsi poindre les risques d’une épistémologie de la quête des « racines » d’un conflit au détriment du faisceau de causalités (le conflit israëlo-arabe se prêterait facilement à des raccourcis religieux assez douteux) ; ou encore celui d’une analyse civilisationnelle des faits qui rejouerait une vision fixiste et essentialisante déjà présente dans les programmes actuels de géographie et directement inspirée des théories du « choc des civilisations » de Samuel Hungtington. Autre exemple : on peut craindre que la question de l’islam, disparue des programmes de Seconde ne ressurgisse ici sous l’angle du temps long : et pourquoi pas une histoire de l’islam de Mahomet au 11 septembre 2001 ? On nous opposera bien sûr en retour que la liberté pédagogique et la maîtrise des contenus par les enseignants sera le meilleur rempart contre ces dérives possibles. Mais une fois encore se pose le problème non seulement de la formation des enseignants (notion en voie de disparition) mais surtout de notre capacité à savoir manier « les » temps de l’histoire et les échelles spatio-temporelles. C’est sans doute l’un des aspects les plus difficiles de la praxis historienne, entre autres parce que le découpage universitaire des périodes interdit tout entraînement à ce type de démarches. Or, cette réelle difficulté pour les enseignants est évidemment bien plus grande encore pour les élèves.

Le programme de Seconde, quant à lui, ne relève plus de conjectures car il vient d’être soumis à consultation. La discontinuité chronologique introduite en 1995 avec la succession de « moments » problématisés est maintenue, mais poussée un peu plus loin : là où la moitié seulement du programme devait être consacrée à la succession des moments-questions, c’est désormais plus des deux tiers du temps disponible qu’il faut leur accorder. Nous ne vanterons pas envers et contre tout les mérites de la continuité chronologique. La démarche d’autonomisation de moments historiques n’est pas inintéressante. Elle permet une appréhension synchronique qui sort d’un enchaînement linéaire, et parfois artificiellement construit, des faits. Néanmoins, elle traduit une rupture qui n’a jamais été clairement explicitée par l’Institution, et que l’indigence de la formation déjà mentionnée n’a pas davantage permis de travailler. D’où ce sentiment diffus d’une grande complexité du programme de seconde et la propension que certains enseignants peuvent avoir à tenter de « meubler » les discontinuités pour rendre la trame du programme plus intelligible.

Une étape est néanmoins franchie par ce nouveau programme : celle de l’accentuation de la contrainte qui atteint ce qui pouvait subsister de liberté pédagogique. En effet, si nouveauté il y a, c’est surtout dans le détail du programme et dans la forme d’écriture qu’elle se trouve. Car on y découvre un recours systématique au strict encadrement de la mise en pratique : telle « question » (une problématique déjà contraignante en elle-même) devra être traitée à travers un cas déterminé à l’avance. Migrer au XIXe siècle ? C’est l’Irlande. La « diversité du monde aux XVe-XVIe siècles ? C’est Constantinople-Istanbul, puis (« au choix ») Pékin ou Tenochtitlan, etc. Dans l’injonction faite au professeur d’aller de Constantinople-Istanbul à Tenochtitlan en passant par Pékin, on pourrait voir un hommage rendu à sa vaste culture ou tout au moins à sa remarquable capacité de formation « tout au long de sa vie ». Dans les faits, derrière cette (illusoire) manière de concevoir le professeur d’histoire comme une sorte d’agrégatif permanent, il s’agit plutôt de le réduire à la fonction d’un honnête technicien « appliquant » une feuille de route sans trop avoir à réfléchir sur des domaines historiques qu’il maîtrisera mal. On assiste à la remise en cause de la possibilité pour le professeur de faire ce qui constitue le cœur de son métier et l’expression fondamentale de sa compétence professionnelle : sa capacité à construire lui-même des éléments de cohérence dans ce qu’il enseigne et des correspondances entre les parties d’un programme.

Sur le plan des contenus – sur lesquels se concentreront sans doute l’essentiel des critiques à venir – les choix opérés, comme souvent, relèvent simultanément d’une attention accordée au renouveau historiographique, d’un effet « cyclique » des thématiques abordées (la démographie aux XIe-XVIIe siècles) et de la nécessaire adaptation aux problématiques politiques du moment. Ainsi en est-il de titre même donné à ce nouveau programme – « Les Européens dans la diversité des mondes du passé » – qui insiste sur l’histoire partagée d’une identité européenne en construction mais qui démine en préambule le lien passé/présent, transitif et parfois artificiel, sous-tendu par l’ancien programme : « Ils (les élèves) comprendront ainsi qu’il est impossible d’appréhender le passé à travers le prisme exclusif du présent ». On ne peut que se féliciter de la prise en compte du caractère complexe qu’entretient le passé au présent. Mais on doit s’interroger plus avant sur ce qui constitue les fondements de cette identité européenne sous-tendue par les thématiques choisies. Nous ne serons sans doute pas les seuls à montrer du doigt la disparition de la Méditerranée au XIIe siècle et la place accordée, en retour, à la chrétienté médiévale (la part d’instruction religieuse du programme glissant de l’Antiquité – la « question » de la « naissance du christianisme » étant supprimée – au Moyen-âge). Certes, personne ne doute que le Moyen-âge occidental soit chrétien ; mais les historiens ont montré depuis longtemps qu’il n’était pas un monde clos sur lui-même, sur son Église, sa foi, ses terres et leurs paysans… Que la « diversité des mondes » n’apparaisse qu’au XVe siècle nous semble donc pour le moins réducteur. Ce cadrage resserré sur l’occident chrétien pose en outre la question de la dimension coloniale des pays d’Europe. La circulaire de 2005 faisait une place à l’histoire de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions dans les programmes existant. Or, rien de tel ici où il semble encore prescrit d’enseigner que le député Schoelcher, soudain, abolit un esclavage dont, si l’on suit la trame du programme, on ne saura pas grand chose, ni qu’il fut aboli une première fois, ni que cette abolition fut le fruit des révoltes de mulâtres et d’esclaves et qu’elle a abouti notamment à l’indépendance d’Haïti. Est-ce à dire que la question coloniale est donc extérieure à l’histoire hexagonale et que l’histoire des pays d’Europe ne s’écrit pas en y intégrant ses dimensions coloniale et impériale ? Enfin, il faut se réjouir de la prise en compte explicite, en préambule, de la question des acteurs du passé « les hommes et les femmes qui constituent les sociétés et y agissent » mais aussi s’étonner, au regard de cette avancée, de l’omniprésence persistante de l’histoire des idées et de ses pendants conceptuels (libéralisme, socialisme, républicanisme) pour aborder la période révolutionnaire et le premier XIXe siècle. Cette pesanteur, pourtant régulièrement dénoncée, semble avoir la vie dure et masque le fait que la Révolution et les régimes républicains sont aussi le fruit de la mobilisation d’hommes et de femmes, et non simplement la traduction quasi « révélée » d’une histoire des idées et de décisions des élites.

Outre ces interrogations sur les contenus se pose enfin le problème de la mise en œuvre de ces programmes. C’est ici que la refonte disciplinaire rejoint la réforme plus générale du lycée. La suppression des modules (heures en demi groupes) en classe de Seconde désavoue des décennies de tentatives de modernisation et d’innovation pédagogiques. Difficile de se départir d’une vague impression de retour à la plus conservatrice des pédagogies, celle du « gavage d’oies », dans lequel le professeur, réinvesti d’une autorité patriarcale, délivre le savoir à des élèves collectivement infantilisés. »

Lire l’intégralité de ce point de vue sur le site du CVUH


La justice pénale internationale et l’ex-Yougoslavie

Comment juger des crimes qui touchent l’humanité tout entière et aussi faire sens pour les pays, les peuples dont ces crimes sont l’histoire ? Cet ouvrage analyse la réception du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), créé en 1993 pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine, ainsi que les tensions qui la traversent, entre aspiration à l’universalité et enracinement dans le temps et l’espace.

Les auteurs rompent avec une lecture réductrice qui perçoit cette justice comme une importation dans l’espace yougoslave et oppose trop souvent logique libérale internationale et logique nationale (post)communiste. Ils soulignent l’appartenance de ces pays à un espace européen et leur héritage historique, philosophique et juridique. La Yougoslavie, lieu de crimes nazis, fut représentée à Nuremberg, la condamnation du génocide était inscrite dans son droit pénal, son système judiciaire était de tradition romano-germanique et ses débats sur le châtiment reflétaient les controverses philosophiques européennes.

Le dialogue mené dans ce livre entre juristes, philosophes, historiens et anthropologues éclaire des aspects délaissés de la justice pénale internationale, tels que le rôle croissant des historiens comme témoins experts au TPIY, la philosophie de la peine et la position des femmes victimes envers la condamnation des viols de guerre. Il apporte également, à partir d’études de terrain, un regard inédit sur les réceptions locales en donnant le point de vue des autorités religieuses, des témoins, des associations de victimes, des criminels impunis ou condamnés, enfin des femmes et hommes ordinaires.

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Les métamorphoses du gras

Des formes luxuriantes des Vénus de Titien aux mannequins exsangues du XXIe siècle, de la valorisation des chairs à l’apologie de la maigreur, Georges Vigarello retrace la genèse de l’obsession contemporaine du corps mince et sain, libéré de la pesanteur du gras et met au jour l’ancienneté de la préoccupation féminine de la minceur ? sous de multiples formes au cours des âges.

Des gros en majesté, des gloutons méprisés jusqu’à la stigmatisation récente de l’obésité, la perception du gras n’a cessé d’évoluer : à l’origine symbole d’opulence, de puissance et de prestige, l’embonpoint est ensuite perçu comme un signe de relâchement autant physique que moral, et la société condamne aujourd’hui ce qui apparaît comme un échec inacceptable de la volonté. Le corps humain abrite et reflète les tensions sociales qui opposent pauvres et nantis, puissants et dominés, hommes et femmes… et tend à la société un miroir où forme(s) et poids se révèlent des repères essentiels de la civilisation occidentale.

À travers l’autopsie des corps adipeux, l’inventaire des techniques médicales d’amaigrissement, l’apparition progressive de la balance et des régimes, cette histoire inédite met en lumière la dictature de l’apparence, qui ne semble pas devoir un jour cesser.