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L’Apologie du débat public – Réseaux journalistiques et pouvoirs dans l’Allemagne des Lumières

Dès le XVIIIe siècle et l’émergence d’une opinion publique dans le monde germanique se pose la question des interactions entre presse et pouvoir. Les interprétations qu’on associe habituellement à cette problématique ont l’apparence de la simplicité. Soit on évoque une connivence entre les médias et le pouvoir politique, soit on souligne leur rivalité. Cette perception des rapports entre presse et pouvoir ne rend pas compte d’une situation beaucoup plus complexe.

En combinant reconstitution des réseaux journalistiques et étude contextualisée des débats publics au tournant du XVIIIe au XIXe siècle, Tristan Coignard propose, pour cette période fondamentale de l’histoire européenne, une interprétation des enjeux politiques qui tient compte des filiations intellectuelles, des luttes de pouvoir ainsi que des forces et des faiblesses dont font preuve les autorités, au moment où le Saint Empire s’enfonce dans la crise puis disparaît.

Se dessine alors le tableau d’une Allemagne à la croisée des chemins, dont l’avenir va se nourrir des débats d’idées retracés dans ce livre.Tristan Coignard est maître de conférences en études germaniques à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3. Il poursuit ses recherches sur l’histoire des idées et la civilisation depuis l’Aufklärung, notamment sur la posture cosmopolite dans un contexte franco-allemand.

Sommaire :
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Le Débat n° 158 – L’école historique française en péril ?

La revue Le Débat consacre dans son dernier numéro un dossier plutôt pessimiste à l’état de la recherche historique en France :

« L’école historique française a joui d’un grand rayonnement. Et si cet éclat passé n’était déjà plus qu’un souvenir ? Jean-François Sirinelli lance un cri d’alarme sur l’effacement de la scène internationale que ses fonctions le mettent à même de constater. Une situation d’autant plus inquiétante que les nouvelles normes de l’évaluation universitaire tendent à marginaliser les travaux qui seraient le mieux capables d’assurer un écho public à la production des historiens.

Sous l’effet de la « crise de l’avenir » diagnostiquée par Krzysztof Pomian de très longue date dans ces colonnes (n° 7,1980), le présent est devenu l’horizon indépassable de nos sociétés. Il s’ensuit d’importantes conséquences pour le rapport au passé. François Hartog revient sur la manière dont ce « présentisme » modifie le travail des historiens.

L’irruption de l’image filmée dans le champ de la documentation historique a introduit un nouveau type de témoignage parmi ceux qui nous permettent de reconstruire le passé. Christian Delage en examine les incidences à propos de deux exemples privilégiés : le procès de Nuremberg et le procès des Khmers rouges.

Le problème des lois mémorielles n’est pas seulement français. Il se pose même avec davantage d’acuité encore dans d’autres contextes. C’est le cas en Russie, où il a pris un tour aigu. Nikolay Koposov éclaire les enjeux de la bataille en cours. »

A noter également dans ce numéro un dossier autour de Comment fut inventé le peuple juif de Shlomo Sand:

« Dès sa parution en Israël, et sa parution en France, en 2008, le livre de Shlomo Sand a déclenché de violentes polémiques. Il remet radicalement en question, en effet, les points clés du récit convenu de l’histoire juive, à commencer par celui qu’invoque la Déclaration d’indépendance d’Israël et selon lequel le peuple juif est né sur la terre d’Israël et en a été exilé sous la domination romaine, en l’an 70, avant d’entamer son retour deux millénaires après. Il n’y a pas eu d’exil, soutient Shlomo Sand, de même qu’il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive.

Contrairement à une autre thèse conventionnelle, la religion juive s’est montrée prosélyte, et ce sont les conversions qu’elle a opérées qui expliquent la présence de millions de juifs de par le monde. En particulier, les juifs ashkénazes de l’Est européen ne proviennent pas de la terre d’Israël, mais sont issus de l’adoption du judaïsme par le royaume khazar du Caucase. Bref, nous sommes en présence de l’invention d’une continuité historique fictive.

Les conséquences politiques de la déconstruction à laquelle procède Shlomo Sand sont considérables. Elles conduisent à opposer à la vision officielle d’Israël comme un « État juif et démocratique » l’idée d’un « État de tous ses citoyens » — juifs, arabes et autres.

C’est dire combien l’ouvrage mérite une discussion approfondie. Nous avons demandé leur réaction à Esther Benbassa, Denis Charbit, Maurice-Ruben Hayoun, Tony Judt et Maurice Sartre, que nous remercions d’avoir répondu à notre appel. Shlomo Sand fait suivre leurs interventions d’une réponse générale. »


Georges Boris par Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Jean-Louis Crémieux-Brilhac revient dans cet entretien sur la biographie de Georges Boris qu’il vient de donner chez Gallimard.



Le Politique, Ferdinand le Catholique

Le Politique n’est pas l’exemple parfait d’un type politique, mais bien plutôt l’illustration politique de ce que signifie « raison d’État » de soi-même, c’est-à-dire d’un modèle individuel de conduite.

Par là, Le Politique est « moins un traité politique de l’art de gouverner qu’un traité du gouvernement de soi qui fait de Ferdinand le Catholique le plus parfait et le plus grand des rois ». Autrement dit, s’il n’y a pas de différence de nature entre les qualités héroïques et politiques, mais seulement « une nuance qui découle de leur sphère d’application », c’est précisément parce que le champ politique d’application n’est jamais que la partie d’un tout que l’on peut nommer éthique.

On comprend dès lors pourquoi le sujet politique ne peut qu’être une fiction, « un méta-Sujet épuré de ses subjectivités » : l’idée d’une « raison d’État » de soi-même est l’expression de cette « pensée individualiste » pour laquelle « chacun est comme un État, indépendant, enfermé en soi-même et concurrent des autres ». Gracián effectue ainsi un renversement de la relation du politique à l’éthique, par un déplacement de la verticalité traditionnelle du rapport du prince à ses sujets vers l’horizontalité des relations interindividuelles.


Lumières n° 13 – Lumières radicales radicalisme des Lumières

« Lumières radicales ». Sur ce sujet, il fallait interroger les deux auteurs qui ont le plus contribué à l’émergence et à la fortune de ce syntagme.

C’est ce qui a été fait. Margaret C. Jacob et Jonathan J. Israel ont non seulement répondu aux mêmes questions qui leur ont été posées, mais ils ont en outre commenté leurs réponses. Ainsi s’est développée une véritable « disputatio » électronique et transatlantique, vivante et approfondie sur le sujet si controversé des Lumières radicales.

Jusque-là on avait considéré qu’il y avait des Lumières avec des séquences chronologiques plus ou moins bien définies situées entre « la crise de la conscience européenne » diagnostiquée par Paul Hazard et un aboutissement radical la Révolution française. La notion de Lumières radicales renverse les perspectives, situe les Lumières radicales à l’origine des Lumières et distingue ensuite des Lumières modérées voire conservatrices.

Mais peut-on délimiter aussi aisément des blocs radicaux ou modérés et la réalité n’est-elle pas plus complexe et le nuancier des colorations politiques et philosophiques plus progressif ? Et que faire d’auteurs tels que Hobbes, Montesquieu, Locke ou Voltaire ?

Autant de questions auxquelles ce numéro de Lumières tente d’apporter quelques réponses. On trouvera donc dans ce numéro, outre les interviews croisées de M. Jacob et J. Israel, des prises de position qui contredisent ou retouchent la thèse des Lumières radicales, permettent d’en mieux voir l’intérêt et peut-être aussi les limites.


Le Français, langue d’Orient ?

Au cours de son voyage millénaire, la langue française a accumulé un patrimoine orientalisant. En traversant les villes et les ports de la Méditerranée, elle s’est habillée de mots orientaux, de turqueries, arabesques et chinoiseries.

De l’Empire romain, en passant par le monde grec, les commerces des Italiens, l’expansion des Arabes, les ouvertures sur le Moyen et l’Extrême-Orient, elle a connu la plupart de l’histoire du monde et de ses langues.

Mobile et métisse, la langue française ne s’est jamais fermée sur elle-même et elle ne le fera jamais. Elle reçoit et elle donne, dans un commerce d’amour.

On entend trop de pessimisme. Pour sauvegarder sa force, la langue française doit continuer la route du dialogue avec les autres langues. Ainsi continuera-t-elle à se présenter comme la langue de l’audace, de la culture et de la liberté.

Depuis sa naissance, elle regarde le Soleil de l’Orient, en recevant les rayons d’une constante et riche illumination.

Elle continuera à se nourrir de la lumière de ce chemin, de la Méditerranée à l’Orient le plus lointain, sur la route des mots, qui est une merveilleuse route des civilisations.


La rencontre Chartier-Bourdieu : le sociologue et l’historien

En 1988, l’historien Roger Chartier reçoit le sociologue Pierre Bourdieu à France-Culture pour une série de cinq entretiens. Ce livre les reprend intégralement, avec une préface de Roger Chartier qui en restitue le contexte intellectuel et politique.

Dans un dialogue où se manifestent à la fois leur complicité et une claire conscience de leurs différences, le sociologue et l’historien confrontent les avancées et les problèmes de leurs deux disciplines, et leurs rôles respectifs dans la société. Ils analysent ensemble les illusions et les confusions répandues par les intellectuels-prophètes, qui font obstacle au rôle émancipateur de la sociologie et de l’histoire. Trente ans après, leurs propos n’ont pas pris une ride.

On trouvera notamment dans ces entretiens, sous une forme concise particulièrement claire et pédagogique :

— la présentation de certains concepts fondamentaux de la pensée de Bourdieu, notamment ceux d’« habitus » et de « champ » ;

— des réponses percutantes à des objections (aujourd’hui encore) récurrentes sur son (prétendu) déterminisme, sur les (fausses) oppositions entre subjectivisme et objectivisme ou entre individu et société, etc., et contre le procès qui lui est fait de vouloir substituer son discours savant à la parole des dominés.


Communiqué du Forum des Sociétés Savantes sur la réforme du lycée

« Le Forum des Sociétés Savantes regroupe des sociétés savantes et associations de spécialistes représentant l’ensemble des disciplines littéraires et scientifiques enseignées au lycée. Ces associations et sociétés présentent leur analyse des propositions ministérielles sur les modalités d’organisation et les grilles horaires des trois niveaux Seconde-Première-Terminale de la réforme proposée par Luc Chatel en novembre 2009.

Résumé
Le Forum des Sociétés Savantes rappelle, comme principe de base, que tout élève du lycée doit avoir accès à une formation humaniste et scientifique de citoyen autonome, responsable et cultivé dans l’ensemble des domaines du savoir : lettres, sciences, sciences humaines et sociales. Selon les souhaits d’orientation de chaque élève, cette formation doit être plus exigeante dans certains domaines. Les sociétés et associations constituant le Forum insistent sur leur attachement à l’équité géographique de l’offre de formation. Elles désapprouvent la disparition d’enseignements disciplinaires précis contre un volume horaire sans cadrage. Elles dénoncent un déséquilibre accru entre filières et l’irréversibilité de l’orientation. Elles regrettent l’incohérence de la formation scientifique pour les scientifiques et l’incohérence de la formation en langues pour les linguistes. Elles expriment leur inquiétude sur l’avenir des séries technologiques.

Propositions développées

Disparition d’enseignements disciplinaires précis contre un volume horaire sans cadrage :

L’accompagnement personnalisé remplacerait l’aide individualisée. Si l’on peut se réjouir que cet accompagnement soit proposé à tous les élèves, il est indispensable d’en délimiter nationalement les contenus et exigences. Ces heures d’accompagnement étant mises en place à budget constant, les horaires d’enseignements marqués diminueraient d’autant dans l’ensemble des disciplines, ce qui contribuerait à accroître les inégalités sociales entre les élèves qui peuvent recevoir un complément de formation ailleurs qu’au lycée et les élèves moins favorisés.

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Le peuple des livres – Les ouvrages populaires dans la société ashkénaze (XVIe-XVIIIe siècle)

Le Peuple des livres est la première somme en langue française sur l’histoire des imprimeries juives et du livre en langue yiddish dans la société ashkénaze en Europe, à l’époque pré- moderne. Cette étude pionnière analyse la mutation culturelle qu’entraîna la dissémination de l’imprimé dans la société ashkénaze.

L’ouvrage propose une description des traits caractéristiques des éditions populaires juives (pages de titre, préfaces, colophons, mises en page, typographie, etc.) et analyse le fonctionnement des ateliers d’imprimeurs juifs et chrétiens qui éditaient des livres en yiddish. Il retrace les parcours des principaux protagonistes de l’histoire du livre populaire juif, depuis ceux qui finançaient les livres, les auteurs, les éditeurs, jusqu’aux imprimeurs, correcteurs, libraires et colporteurs.

Une partie de l’ouvrage est centrée sur l’économie du livre populaire, notamment sur les stratégies commerciales des imprimeurs juifs et les réseaux de distribution entre l’Italie du nord – Venise, Mantoue et Ferrare –, Bâle, l’Allemagne – Francfort, Amsterdam, l’Europe centrale et orientale – en particulier Prague, Lublin et Cracovie.

Cette étude porte enfin sur les pratiques de lecture et sur les conséquences culturelles, religieuses et sociales de la diffusion du livre parmi des couches moyennes de la société juive. Les livres populaires en yiddish favorisèrent la diffusion des textes fondamentaux de la tradition juive et la conservation de leur identité. Ils accompagnèrent les grandes mutations de la société juive, en même temps qu’ils préparèrent l’entrée de ce peuple dans la modernité.


Bohème littéraire et Révolution

La place des philosophes du XVIIIe siècle dans la préparation de la Révolution française a fait l’objet de controverses passionnées.

Mais on ne s’était guère, jusqu’à Robert Darnton, penché sur le rôle des écrivains de second ordre. Ces ratés de la littérature constitueront une part importante du personnel révolutionnaire. Vu des ateliers, des boutiques des libraires ou des officines de la police, le paysage des Lumières change du tout au tout : s’esquisse alors, à la croisée d’une histoire de l’édition et d’une double sociologie des auteurs et des lecteurs, le monde des livres au XVIIIe siècle.

Un étude qui pose en termes novateurs la question de la lecture au XVIIIe siècle et de la fermentation intellectuelle à la veille de la Révolution.