Présentation de l’éditeur :
Célébré comme l’un des plus grands historiens du vingtième siècle, Marc Bloch n’a guère été lu par les philosophes.
Son œuvre est pourtant porteuse d’une vision inédite de l’histoire, aujourd’hui encore éclairante pour la philosophie comme pour les sciences humaines. Dans le sillage de la sociologie durkheimienne, Bloch fonde la science historique sur l’observation directe et la comparaison, plutôt que sur l’interprétation d’un passé inaccessible.
Le principe de synthèse de la connaissance historique est chez lui proprement social, et non psychologique ou géographique, comme chez l’autre fondateur des Annales, Lucien Febvre. Mais si, des Rois thaumaturges à La Société Féodale, Bloch assume l’ambition proprement explicative des sciences sociales, il reconnaît que la matière historique ne se laisse pas complètement ordonner. L’histoire blochienne s’attache à ce qui résiste à la compréhension synthétique du passé, aux décalages temporels et idéologiques qui révèlent les limites de toute structuration symbolique.
Elle déjoue par là l’opposition stérile entre structures et historicité. Elle peut ainsi concevoir le rôle politique de l’historien comme l’introduction d’écarts au sein des récits mémoriels, qui permettent d’en subvertir le sens.
Présentation de l’éditeur :
Pendant deux cents ans (fin XIe-fin XIIIe siècle), l’Occident chrétien a mobilisé une grande partie de ses forces armées d’abord pour libérer la Terre sainte, occupée par les musulmans depuis plus de quatre siècles, puis pour la défendre, en vain. Les sources qui font connaître « l’ère des croisades » sont nombreuses, diverses et riches, car lourdement chargées d’idéologie.
Jean Flori s’est attachéà découvrir les mobiles qui ont poussé tant d’êtres humains à partir aussi loin de leur terre natale et de leur famille, à l’appel de prédicateurs plus ou moins inspirés qui, parlant au nom de Dieu, tentaient de les convaincre de s’engager dans cette aventure. Quels étaient leurs buts, leurs méthodes de prédication, leurs arguments, leurs promesses ? Comment leur démarche a-t-elle évolué au fil du temps ?
Telles sont les questions qui sous-tendent cet ouvrage novateur, qui se veut à la fois l’histoire d’une idéologie et celle de sa propagande. Cette étude se fonde essentiellement sur des sources que l’auteur s’est efforcé de « laisser parler » afin d’en conserver toute la force, la saveur et parfois l’ambiguïté.
Présentation de l’éditeur :
Icône universellement connue, la statue de la Liberté est sans doute le plus significatif de tous les symboles américains. Pourtant, quand le monument a vu le jour à Paris en 1883 et est arrivé dans le port de New York deux ans plus tard, ses contemporains n’auraient jamais pensé que ce cadeau du peuple français aux États-Unis occuperait une place prépondérante dans l’imaginaire des Américains.
La statue de la Liberté doit son existence à la rencontre de deux hommes : Édouard de Laboulaye, intellectuel français qui s’intéresse beaucoup à la politique américaine, et Auguste Bartholdi, sculpteur alsacien dont les travaux commencent alors à être reconnus. Laboulaye a l’idée de faire un grand geste envers l’Amérique pour marquer avec éclat le centenaire de l’indépendance américaine et de construire une statue monumentale scellant l’amitié entre la France et les États-Unis. Entamée en 1875, cette construction durera plus de dix ans.
Edward Berenson retrace avec son regard d’historien américain mais aussi de fin connaisseur de l’histoire culturelle française, le périple de cette aventure, des difficultés financières au scepticisme des gouvernements de part et d’autre de l’Atlantique jusqu’à ce que la ténacité de quelques-uns vienne à bout de toutes ces vicissitudes. Il nous livre également sa réflexion sur les diverses interprétations que la statue de la Liberté a pu inspirer, traductions de son universalité ; d’aucuns peuvent y voir l’émancipation des esclaves, la liberté individuelle chère à Tocqueville ou encore les « déshérités » décrits dans le poème gravé d’Emma Lazarus :
Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les apporte
De ma lumière, j’éclaire la porte d’or !
Depuis le 11 Septembre, la statue de la Liberté incarne plus que jamais la liberté et la résilience des États-Unis face à la terreur sans pour autant abdiquer sa vocation à l’universalité.
Présentation de l’éditeur :
Michel Seurat, assassiné pendant sa captivité en 1986 à Beyrouth lorsqu’il était otage de « l’Organisation du jihad islamique », une émanation du Hezballah, fut l’un des meilleurs spécialistes du monde arabe contemporain. Arabisant hors pair, homme de terrain scrupuleux, féru de sciences sociales autant qu’islamologue érudit, ce chercheur au CNRS a fécondé les générations successives, et plus d’un quart de siècle après sa disparition, ses textes font toujours référence dans les universités du monde entier, où ils sont devenus un classique de l’école française des études du Proche-Orient.
Ses analyses du système de pouvoir syrien à l’époque de Hafez el-Assad, qu’il nomma « l’Etat de barbarie », nourries de la lecture du grand historien médiéval Ibn Khaldoun comme de la sociologie française, écrites à chaud dans les années 1980, sont plus que jamais d’actualité tandis que la Syrie dont Bachar el-Assad a hérité s’est enfoncée dans une violence inouïe, où s’enchevêtrent révolution et guerre civile.
Ses études des clans, des villes, des milices urbaines alaouites ou islamistes, des Frères musulmans, fournissent des clefs de lecture indispensables pour comprendre les enjeux et les lignes de clivages d’aujourd’hui, à l’heure où le monde arabe est entré dans l’une des phases de bouleversements majeurs de son histoire. Syrie, l’Etat de barbarie reprend des textes fondateurs de Michel Seurat devenus introuvables et parus dans divers recueils désormais épuisés.
Présentation de l’éditeur :
Le discrimen veri ac falsi appartient depuis les Temps modernes à l’art de l’historien. Récemment le couple vrai/faux est entré uni dans le langage de l’historien qui a cherché ce que le faux lui apprenait de vrai sur la société qui l’avait vu naître, prospérer et souvent demeurer indétecté. Il est peu fréquent cependant que l’on se penche sur les circonstances qui ont déterminé un faux à être repéré et dénoncé, puis que l’on s’attarde sur la manière dont ce dernier était saisi, discuté, éventuellement puni par la justice.
Les contributions rassemblées ici prennent le faux comme point de départ et non comme point d’arrivée, autrement dit s’intéressent moins à sa fabrication, à ses modèles ou aux motivations de son faussaire qu’à l’aval de son histoire, depuis la découverte ou la dénonciation jusqu’à son jugement ou sa condamnation, en passant par les moyens et les hommes qui permettent d’établir son caractère falsifié.
Ce livre constitue un élément d’une plus vaste enquête engagée autour de l’écrit comme moteur, et non plus seulement symptôme ou instrument, de la construction de l’État et de ses rapports avec la société.
Présentation de l’éditeur :
Depuis une trentaine d’années, les historiens ont exploré la problématique de la « genèse de l’État moderne » en Europe entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et son corollaire, la place centrale tenue par les cours princières dans le processus.
L’objectif de ce livre est de s’interroger sur la part qu’ont pu y prendre les stratégies funéraires des familles souveraines.
Ce livre propose une approche différente des travaux consacrés jusqu’à présent aux rituels funéraires princiers où l’histoire de l’art y est prépondérante. Les funérailles princières sont étudiées en terme de stratégies de la part des monarchies, comme rituel interne de transmission du pouvoir, mais aussi dans le cadre de leurs relations entre dynasties, et de leurs rapports tant avec leurs opinions publiques propres qu’avec une opinion européenne en formation.
Premier des trois volumes consacrés aux funérailles princières, l’ouvrage s’intéresse au déroulement des cérémonies en relation avec les institutions propres, la conjoncture, les traditions particulières, les rapports de force internes, l’insertion dans le jeu politique européen.
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Le « moment » 1940 veut rendre à cette année singulière, qui va de la « drôle de guerre » à « l’étrange défaite », toute son incertitude, en partant du Loiret, observatoire privilégié pour cette période. Les Orléanais, comme les Français de 1940, ne savaient pas ce qui allait advenir : ils n’avaient envisagé ni la débâcle, ni l’exode, ni la défaite.
Cet ouvrage s’intéresse donc aux moments indécis et, en priorité, aux deux grands effondrements, militaire puis politique, et articule le national et le local, en jouant sur les échelles d’analyse. Son ambition est donc de saisir ce « moment » à la fois par en haut, avec l’effondrement de la Troisième République et l’instauration du régime de Vichy, et par en bas, par le prisme des réalités départementales et locales : l’articulation des niveaux est particulièrement illustrée par le procès de Jean Zay, incarnation de tout ce que la Révolution nationale exècre, et par l’action technocratique du préfet Morane, préfiguration de la Reconstruction.
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Le dialogue franco-pontifical noué à l’époque moderne autour de la provision apostolique aux bénéfices majeurs (abbayes et évêchés) est d’ordre politique, diplomatique et financier. Il engage un grand nombre d’institutions de la monarchie française et de la Curie romaine et se déploie d’un centre de décision à un autre par le biais des négociateurs officiels (ambassadeurs et nonces apostoliques), au moyen des acteurs particuliers (ecclésiastiques eux-mêmes, banquiers expéditionnaires et solliciteurs en cour de Rome) et sous le regard de multiples dicastères, congrégations et conseils.
Entre 1595, date de l’absolution de Henri IV par le pape Clément VIII, et la mort de Mazarin en 1661, l’étude des procédures mises en œuvre à cette occasion sur fond de Concordat et droit canon permet de saisir l’esprit des institutions monarchiques et pontificales à l’âge de la réforme catholique et de faire surgir, y compris dans leurs dimensions humaines, les logiques profondes de l’État et de l’Église.
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Les communistes vietnamiens ont réussi en cinquante ans à renverser le pouvoir colonial français, à tenir en échec l’armée américaine et à conquérir le Sud en 1975.
Bien qu’ils se soient constamment inspirés des modèles soviétique et chinois de conquête du pouvoir et d’organisation de la vie sociale et politique, les Vietnamiens ont suivi leur propre voie – marquée par l’anticolonialisme et de longues années de guerre – et ont développé une stratégie d’influence régionale.
Fort d’une longue enquête de terrain et de sources inédites en cinq langues, ce livre nuance l’historiographie française du communisme international et rompt avec l’historiographie vietnamienne. Il met en lumière les crises intermittentes dans les relations entre Hanoi, Pékin et Moscou. Il apporte des éclairages nouveaux sur le fonctionnement du Komintern, l’histoire des trois guerres d’Indochine, les relations entre les pays communistes et les effets de la dispute sino-soviétique. Il restitue aussi l’atmosphère et la culture politique des différentes époques, et fait revivre maints acteurs,qu’ils soient tombés dans l’oubli ou passés à la postérité.
Premier ouvrage exhaustif sur le communisme vietnamien depuis plus de trente ans, cette somme exemplaire, écrite dans une langue vivante, s’adresse tant aux spécialistes qu’aux passionnés d’histoire.
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En avril 1912, au terme d’un siège qui rassembla des milliers de spectateurs criant « À mort », Jules Bonnot mourait « à la suite de ses blessures ». Un an plus tard, disparaissaient les trois derniers membres d’une association de malfaiteurs connue sous le nom Bandits en auto devenu Bande à Bonnot. Inépuisable sujet où l’effet l’emporte souvent sur la cause, véritable feuilleton entretenu par toute la presse, de décembre 1911 à avril 1913, cette bande est, aujourd’hui encore, en bonne place dans l’histoire criminelle.
Bonnot et les siens ne sont pas nés assassins. Il y a, chez la plupart d’entre eux, une évolution de la révolte sociale au crime. ils sont la face violente d’une anarchie qui condamne le meurtre mais qui est débordée par certains de ses membres, souvent très jeunes. L’histoire n’est pas forcément une répétition, mais telle chronique de 1912 où L’Humanité se trouve en accord avec L’Action Française, semble avoir été écrite à la fin d’un G20 ; tel reportage du Petit Parisien ou du Figaro de 1913 semble illustrer un débat sur nos quartiers dits difficiles.
Le crime n’a pas besoin des faiblesses d’une société pour être, mais les journaux de son temps disent, sans trop oser le dire, que Bonnot est aussi un mauvais fruit de son époque.
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